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FENAIN 10 Avril 1974
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FENAIN
(10 avril 1974)

24 000 mineurs dont 8 500 étrangers (4 000 Marocains, 1300 Algériens, 1 200 Polonais, 1000 Italiens, des Tunisiens, des Espagnols, des Portugais) : tel se présente le visage du personnel fond des H.B.N.P.C. Ces étrangers, ces émigrés à travers lesquels je revois des visages, maintiennent en survie l'extraction charbonnière ; en partie grâce à eux, les molettes de certaines fosses continuent à tourner.

Ces fosses, les Français les délaissent parce que la mine n'a plus d'avenir. Ne dit-on pas en effet que dans dix ans l'on n'extraira plus de charbon dans le Nord de la France l'arrêt de mort d'un bassin houiller qui, des décennies durant, a produit la moitié du charbon français.

Les derniers étrangers arrivent avec un contrat en poche : du travail pour deux ans ? Un contrat renouvelable Mais un contrat qui ne leur permettra pas de toucher une indemnité de « licenciement » quand les fosses fermeront.

Parce qu'ils ont une famille à nourrir, parce qu'ils sont sans travail, ils ont quitté leur pays natal, bien souvent un pays au soleil chaud, pour être ce que le Français ne veut plus être : mineur.

Les Houillères leur assurent une formation accélérée dans une mine-image, vestige d'un ancien centre d'apprentissage minier. Si le métier de mineur est considéré par l'autochtone comme un métier très dur, ne l'est-il pas encore plus pour ces étrangers ? Et on ne devient pas mineur du jour au lendemain ! En dehors de la mine, la plupart vivent dans des baraquements, parqués.

Hommage soit ici rendu à tous ces étrangers, ces émigrés de la dernière heure. A travers les morts de Guiseppe GRILLO et de Mohamed BEN LAHCEN pris dans un éboulement à la fosse Agache de Fenain, le jeudi 10 avril 1974.

Ce jour-là, ils travaillaient à 640 m de profondeur, à l'entrée d'une taille pentée à 40 degrés, une taille mécanisée, à scraper.

Il est environ 20 h 45. Soudain, un craquement sinistre. Une masse de cailloux envahit la taille, se déverse dans la voie de base tordant comme des fils de fer les puissants éléments du soutènement métallique, provoquant un tel déplacement d'air qu'un troisième mineur est projeté hors de la zone dangereuse, blessé mais la vie sauve.

Guiseppe et Mohamed, eux, sont ensevelis. La voie de base est envahie sur une vingtaine de mètres ; et combien de tonnes de cailloux sont susceptibles de s'abattre au cours des opérations de déblaiement au fur et à mesure que l'on approchera de l'endroit de la taille où le toit a cédé ?

Il y a peu d'espoir de les retrouver vivants? Mais, toujours, les mineurs mettent le meilleur d'eux-mêmes pour tenter un sauvetage désespéré, ou pour reprendre à la mine ceux qu'elle a tués. Quels que soient les dangers.

Dès l'accident connu, les premiers mineurs arrivés sur place commencent à dégager la voie de base en se dirigeant vers l'endroit d'où semble être parti l'éboulement ; ils sont ensuite relayés par des équipes de sauveteurs spécialisés.

Avec d'infinies précautions ces hommes avancent, travaillant au pic, tirant les éboulis à l'aide des mains. Ils progressent 50 cm par 50 cm, étayant fortement la galerie pour éviter d'être à leur tour ensevelis.

Le jeudi passe, et aucun bruit ne parvient des emmurés. Vendredi. Samedi. Toujours rien. Les opérations de dégagement se poursuivent, compliquées par la présence de gros cailloux, de matériels, s'entremêlant avec du grillage. Des tonnes d'éboulis sont évacuées. Un travail de titan à plus de 600 m sous terre.

Dimanche, pas de relâche. Lundi soir, toujours rien.

Mardi 15, les sauveteurs descendus à minuit découvrent le corps de Mohamed près d'un énorme caillou, la tête coincée contre Un bois. Ils avancent maintenant centimètre par centimètre, travaillant à la main. Après des heures d'efforts, le corps est complètement dégagé vers 6 h 30.

Les équipes suivantes redoublent d'ardeur. Le corps de Guiseppe est découvert à son tour dans la voie de base, debout, le téléphone à la main, position dans laquelle il a été tué. Vers 15 heures, son corps est remonté.

Après une lutte d'environ 115 heures, une lutte extrêmement dangereuse, une lutte au cours de laquelle les sauveteurs étaient continuellement en danger de mort, la mine a rendu les corps de

- Mohamed ben LAHCEN, né en 1947 à ARGALA (Province d'Agadir).

- Guiseppe GRILLO, né le 22 juin 1933 à San Nicola (Italie).

Morts au service de la collectivité française.

Extrait de Catastrophe et accidents collectifs dans les H B N P C par Henri Bourdon .

 

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